Sampling is Beautiful : Un web documentaire sur la passion du sampling à travers New York

C'était il y a maintenant deux ans. Le dj Zajazza et le vidéaste Paul Bourdrel se saisissaient de la programmation du Périscope pour développer une websérie autour de l'art du sampling. Au programme, une programmation à découvrir et à sampler et à soumettre à des artistes de tous bords pour créer un morceau original. Un exercice de style devenu très vite une machine à rencontres et même un prétexte au voyage. Preuve en est aujourd'hui avec la sortie de leur premier long format "On sample la grosse pomme ! Sampling is Beautiful à New-York". Rencontres avec les intéressés pour accompagner votre visionnage et en bonus le single deux titres créé pour l'occasion !

Hello Clément, salut Paul. Pour donner un peu d’historique sur Sampling is Beautiful, pourriez vous nous parler de la génèse de votre projet. comment est né ce projet de Sampling is Beautiful ? Une étincelle un soir d’orage devant la fenêtre, ou une réflexion de fond, un projet mûrement réfléchi ?

Clément: En 2017 à l’occasion du Jazz à Vienne, je m’étais lancé le défi de faire une vidéo par jour à sampler un des artistes du soir même. C’était marrant et j’avais eu de chouettes retours des amis, et même de certains artistes que j’avais samplé.

Ensuite à la rentrée suivante j’ai appelé Paulo pour qu’on fasse les choses ensembles et le concept Sampling Is Beautiful a ensuite fait ses armes en collaboration avec le Périscope à Lyon.

Chaque mois, on samplait la programmation du mois à venir pour en faire un nouveau morceau avec un invité choisi dans cette même programmation.

Paul: On travaillait déjà ensemble sur des projets musicaux, en photo et en vidéo. Perso j’avais bien envie de me lancer dans un projet sur le long terme ; j’avais déjà réfléchi et expérimenté des projets hybrides entre une approche “média” et une forme « divertissement ». Il manquait un sujet solide et suffisamment ouvert pour traiter plein de sujets différents. Le projet de Clément m’a tout de suite plu et on a vite vu un moyen de faire un truc à notre sauce, sans les contraintes de communication habituelles. Dès le départ on voulait se démarquer de ce qui existait dans le milieu culturel (report, after movie, interview classique…) et conserver à tout prix, le plaisir de faire ça ensemble et de développer un projet qui nous ressemble, léger et rigolo… mais sérieux !

Vos épisodes valorisent assez votre collaboration. Clément est à l’écran mais on sent la présence de Paul dans vos déplacements, dans votre narration. Cette collaboration donne un réel caractère à votre projet.

Clément: On a en commun le fait de vouloir partager nos passions: l’image, la photo, le son, le jazz, et l’envie de faire découvrir des personnes ou des lieux via le sampling. Tout ce qu’on présente se fait en collaboration, si un de nous deux ne sent pas une idée, on part sur autre chose. On entretient le fait de faire les choses avec beaucoup de plaisir, et je pense que cela se ressent dans le rendu final.

Paul: C’est un rebond permanent, depuis le début on écrit et on réalise en marchant. On ne voulait pas attendre d’avoir un projet abouti mais bien de le développer en mouvement, de pouvoir améliorer chaque nouvel épisode et de prendre en compte les retours de pros et d’amis musiciens, communicants… Petit à petit, expérience se faisant, on a affiné notre méthode et le style de nos épisodes. Le premier épisode au Péri, hyper simple dans la narration nous a pris une longue journée avec beaucoup de coquilles et de montage. Aujourd’hui on tourne des épisodes plus complexes en deux jours. On ne savait pas exactement ce que l’on cherchait mais on savait que l’on cherchait la même chose. Partager ce qui nous fait kiffer, donner à voir nos rencontres les plus passionnantes et ouvrir les carcans trop fermés de la musique.  Le défi c’est de le rendre intelligible tout en restant sincère et authentique (en restant nous même, en limitant les mises en scènes, en ne faisant que 2 ou 3 prises pour la musique…). Niveau caméra, tout va très vite et se joue à la réaction. Tout ne se joue qu’une fois, il faut être très présent pour ne rien manquer, mais très discret pour se faire oublier (même de Clem) sinon on perd le côté authentique.

« on avait emprunté un pédalo au parc de la tête d’or, et sans se faire repérer , on avait chargé la basse et le sampleur un peu plus loin sur le bord du lac. »

Si il devait y avoir un épisode à montrer de Sampling is Beautiful pour présenter le projet lequel choisiriez-vous ? Quelle collaboration vous a le plus marqué ?

Clément: C’est chaud, c’est comme demander a des parents s’ils ont un enfant préféré haha!  Selon les jours et les humeurs j’ai mes petits chouchous. 

Aujourd’hui, je dirais l’épisode avec David Kiledjian de Dowdelin, on avait emprunté un pédalo au parc de la tête d’or, et sans se faire repérer , on avait chargé la basse et le sampleur un peu plus loin sur le bord du lac.

Paul: Effectivement celui au Parc de la Tête d’Or est bien représentatif. Dur de choisir…  J’aurais peut-être dit celui sur le festival A Vaulx Jazz avec Ukandanz. Il mélange le côté coulisses, live à emporter sur un morceau de trottoir avec de supers artistes et aussi l’aspect déambulation et humour avec la visite du Planétarium. Après, l’épisode aux Célestins m’a bien marqué, on touchait un de nos buts, débarquer là où l’on était pas forcément attendu. Après, niveau Collab, on a pris une belle claque avec Japhet (Jazual cazz, ElectrophazZ..). ça partait d’une batterie électronique dans une cour pas spécialement dingue et des trombes de pluie.. On a eu une mini fenêtre pour tourner et ça été un pur moment de musique !

On sent que New-York est vraiment à l’image de ce que vous essayez de révéler de la culture hip-hop ou du Sampling. Une mégalopole qui trouve son identité dans le melting-pot des cultures et des communautés qui l’habitent. A partir de ce constat, comment avez-vous choisi ce que vous vouliez montrer ?  Le documentaire s’est il fait au rythme des rencontres ou à partir de personnages clefs que vous aviez en tête ?

Clément: Je connais assez bien New-York et j’ai pas mal de potes la bas, donc on a appelé pleins de gens sur place, certains étaient dispos d’autres, pas, certains sont tombés malade pendant le séjour (épisode tourné avant la crise du Covid, nldr), donc cela a été assez freestyle, guidé par les rencontres, les disquaires, les quartiers où on se trouvait le jour J. Par exemple, avant de partir, on avait pas prévu de faire un focus sur 5pointz, mais on rencontrant Meres et Marie ce fut passionnant de partager cette rencontre et leur activisme dans le graffiti New Yorkais.

Paul : Notre défi de base, c’était de faire des “teasers” de prog pour le Periscope de 6 minutes au lieu de la minute habituelle. On était persuadé que l’on pouvait tenir les gens en haleine si on gérait le rythme. Ça a plutôt bien fonctionné mais on restait frustrés de ne pas pouvoir prendre plus de temps et de laisser la parole à nos invités. Le format nous contraignait. Rapidement, on a eu envie de faire plus long. A la base on allait à NYC pour un projet qui s’est cassé la gueule en cours de route. Les billets étaient réservés et comme Clém connaissait bien la ville, on s’est dit que c’était le moment idéal pour lancer un grand format. On a continué à écrire en marchant, on  a pris le moins de matos possible et on restait ouvert à tout ce qui se présentait à nous. L’écriture finale s’est pas mal jouée au montage et ça nous donne de bonnes bases pour les longs formats à venir…

Notre référence à tous les deux dès le départ c’était “c’est pas sorcier”. On voulait être les Fred et Jamie de la musique (rires)

Auriez vous des docs musicaux ou des formats vidéos que vous recommanderiez ? Qui vous ont influencés ?

Clément : J’ai adoré Crossing the Bridge, un docu sur un musicien allemand qui débarque à Istanbul et fait pleins de rencontres avec des groupes locaux. Il laisse une grande place à la musique, et il y a en même temps des partages d’expériences culturelles.

Sinon le producteur Kutiman est génial (sur youtube), il fait de la musique électronique en samplant pleins de vidéos liées à une ville en particulier

Paul : Il y a des gros classiques que l’on a forcément en tête : Buena Vista Social Club, The Last Waltz (et tous les films musicaux de Scorsese), Rise, Bird et bien d’autres. Mais c’est surtout les formats TV et Web qui nous ont guidés. Notre référence à tous les deux dès le départ c’était “c’est pas sorcier”. On voulait être les Fred et Jamie de la musique (rires).. blague à part on a toujours aimé l‘approche sérieuse et solide avec une écriture pédagogique et visuelle qui leur permettait de partager et de faire comprendre des choses super complexes. Après j’ai toujours kiffé les projets authentique et sans artifices comme “J’irais dormir chez vous” dans lequel tu vois ce qu’il arrive à Antoine, sans détournement du réel. Et enfin je suis bien inspiré par Rancho Webshow, une série fiction/réalité, dans lequel Rancho personnage fictif joué par Enak Gavaggio, un ancien skieur de haut niveau, met en scène le milieu du ski pro sous forme de défis humoristiques. Il a réussi par la fiction à toucher un public super large et sensibiliser à des disciplines peu médiatisées et peu connues du grand public. Sa force c’est aussi d’y insérer du réel et de solliciter les sportifs en activité. Un peu ce que l’on fait avec nos musiciens invités.

Zajazza, ton plus beau titre que tu as samplé dans l’histoire de Sampling ? 

Clément: tu vois ce qui est cool avec ce concept, c’est que nous avons avons découvert tellement de groupes qui tuent (et puis aussi parce que la prog du periscope dechire ;).  (Bah grave ! Ndlr)

J’ai adoré samplé le morceau “The creator has a masterplan” de Palm Unit (Lionel Martin, Fred Escoffier, Philippe Pipon-Garcia) dans le tout premier épisode, c’ est un cadeau tombé du ciel pour lancer le concept!

Paul: Perso je crois que le son de Clem qui m’a le plus touché, pour des raisons différentes, c’est celui qu’il a composé pour notre épisode à Praia au Cap Vert.

Bon allez sérieux, c’est quoi la prochaine ville à se faire sampler ?

Clément: Je rêve de Sao Paulo, ça bouillonne pour de vrai là bas!! Après si vous avez d’autres idées, on est chaud! 😉

Paul: Buenos Aires ou Lubjana ? Ce serait trop cool. Mais on pense beaucoup au Caire ou à Toronto… mais franchement, tout nous fait envie, il suffit qu”on connecte avec les musiciens locaux ; notre curiosité est sans limite ! On a déjà un épisode en cours de tournage à Paris… mais on reste ouverts à toute proposition !


Un morceau est né

Un morceau boom bap à la couleur de la ville : “Listen To The Beat” featuring the artists PremRock, Rabbi Darkside, Hired Gun and Meres One. Et en bonus, nous ajoutons une track supplémentaire avec un duo de Brooklyn : “Nothing Like Boom Bap” featuring the legendary duo M-Tri and Leecy. T.

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