Better Live publie son livre blanc : Decarbonising the Artist and Audience Mobility in Music

Après quatre années d’expérimentations et de recherche à travers l’Europe, Better Live publie Decarbonising the Artist and Audience Mobility in Music, un livre blanc consacré à l’un des principaux enjeux écologiques de la musique live : la mobilité des artistes et des publics.

Le bilan de ces quatre années est conséquent : à partir des expérimentations menées dans neuf territoires européens et d’une recherche comparative conduite dans six pays, le document analyse les conditions d’une transformation du secteur et formule des recommandations à destination des politiques publiques.

Comment réduire l’empreinte environnementale de la musique live sans renoncer à la circulation des artistes, à la diversité des programmations et à l’accès à la musique dans les territoires ?

C’est la question qui a occupé les 11 partenaires du projet Better Live depuis son lancement et qui constitue aujourd’hui le point de départ de son livre blanc, publié en juillet 2026.

Intitulé Better Live: Decarbonising the Artist and Audience Mobility in Music, ce document de plus de 80 pages rassemble les résultats des expérimentations conduites pendant le projet, les travaux de recherche menés parallèlement dans plusieurs pays européens et une série de recommandations adressées aux décideurs publics.

Le livre blanc a été écrit par Virgo Sillamaa, coordinateur de recherche à EMEE (European Music Exporters Exchange network) qui a accompagné le travail de recherche de Better Live depuis sa conception. Celle-ci a été menée par une équipe de recherche réunissant également Daniel Nordgård, ainsi que Liucija Fosseli et Aleksandra Novak de l’Université d’Agder en Norvège. 

Il constitue l’aboutissement d’un travail engagé dès 2023 avec la réalisation du Better Live Blueprint, cadre conceptuel et méthodologique qui a permis de transformer les intuitions initiales du projet en hypothèses à expérimenter, en données à collecter et finalement en objets de recherche.

Better Live : expérimenter avant de préconiser

Better Live est parti d’un constat aujourd’hui largement documenté : dans le spectacle vivant, la mobilité des artistes et, plus précisément, celle des publics constitue une part majeure de l’empreinte carbone, pouvant représenter jusqu’à 80 % de l’impact d’un événement musical.

D’un autre côté, la mobilité internationale et régionale reste indispensable aux parcours artistiques, à la diversité culturelle et à la rencontre entre les scènes européennes. Et moins faire circuler les artistes peut aussi avoir pour conséquence de concentrer l’offre culturelle et de faire davantage circuler les publics.

Better Live a donc travaillé sur une autre hypothèse : mieux organiser la circulation plutôt que simplement la réduire.

Cela passe notamment par des tournées plus longues et mieux routées, par la limitation des allers-retours et des dates isolées, par le recours aux transports les moins carbonés lorsque le contexte le permet, mais surtout par une coopération accrue entre les programmateur·rices d’un même territoire.

C’est ce principe de co-programmation que le projet a cherché à mettre à l’épreuve.

Crédits : Paul Bourdrel

64 tournées, 363 événements et plus de 200 organisations culturelles impliquées

Neuf réseaux territoriaux – les Local Action Groups – ont été constitués à travers l’Europe, réunissant plus de 200 salles, festivals, programmateur·rices et autres acteurs de la musique live, dans le but d’expérimenter localement des solutions de mobilité bas-carbone.

En 2024 et 2025, ces réseaux ont organisé 64 tournées, représentant 363 événements artistiques, 223 artistes, 239 lieux dans 14 pays différents.

Les événements ne se limitaient pas aux concerts : résidences, ateliers, rencontres et actions territoriales pouvaient également être intégrés aux parcours des artistes.

Le principe était assez simple : lorsqu’un artiste vient de loin, comment faire en sorte que ce déplacement permette plusieurs rencontres plutôt qu’un concert isolé ? Et comment construire cette circulation à l’échelle d’un territoire plutôt que de laisser chaque lieu organiser sa programmation indépendamment des autres ?

Les données de mobilité des artistes ont été collectées pendant les tournées et intégrées dans un outil de calcul carbone développé pour Better Live à partir notamment des facteurs d’émission de l’ADEME. L’empreinte moyenne d’un événement a ensuite été comparée à un scénario de référence modélisant une tournée « classique » dans chacun des territoires.

Les résultats sont particulièrement encourageants : dans les neuf territoires d’expérimentation, l’empreinte carbone moyenne par événement des tournées Better Live est inférieure à celle du scénario de référence que pourrait représenter une “tournée témoin”. 

Par scénario de référence, on entend la tournée ordinaire qu’un artiste étranger aurait faite « classiquement » dans ce pays, hors projet Better Live. Cette référence change selon les pays et leurs habitudes de programmation : par exemple, une date isolée en Pologne pour un artiste espagnol, ou une tournée de trois dates en France pour un artiste norvégien. C’est cette tournée témoin que l’on compare aux tournées expérimentées dans le projet Better Live pour mesurer la réduction d’empreinte carbone. 

Les écarts observés entre les tournées témoins et tournées Better Live sont importants, avec des réductions de l’ordre de 35 à 87 % selon les territoires.

Ces chiffres doivent néanmoins être considérés comme des ordres de grandeur plutôt que comme une mesure absolue. Le livre blanc insiste sur les limites de l’exercice : faute de données historiques suffisamment précises, les tournées Better Live sont comparées à des scénarios de référence construits à partir de l’expertise des partenaires. Chaque tournée reste par ailleurs un objet singulier difficilement comparable à une autre.

Mais les résultats obtenus dans des contextes géographiques très différents, et le volume de l’expérimentation, permettent de valider suffisamment solidement l’hypothèse centrale du projet : la co-programmation territoriale, en permettant des tournées plus longues et mieux organisées, réduit l’empreinte carbone moyenne de la mobilité artistique par événement.

En quelque sorte : plus de musique pour un même déplacement.

De l’expérimentation à la recherche

L’intérêt de Better Live était précisément de ne pas s’arrêter à ces expérimentations.

Dès la conception du projet, un travail de recherche a été associé aux actions menées sur le terrain, afin de comprendre ce qu’elles pouvaient réellement démontrer, mais aussi les conditions nécessaires pour changer d’échelle. 

Le programme de recherche s’est donc développé autour de deux axes complémentaires.

Le premier s’est appuyé directement sur les tournées expérimentales : données de mobilité, empreinte carbone des artistes, mobilité des publics lorsque les données étaient disponibles, organisation des tournées et diversité géographique des programmations.

Le second a déplacé la question vers l’organisation même du secteur et les politiques publiques : quels sont les freins rencontrés par les artistes, agents, salles, festivals et programmateur·rices ? Quelles politiques environnementales existent déjà ? Comment les politiques culturelles prennent-elles en compte ces questions ? Et surtout, quelles conditions permettraient de généraliser les pratiques expérimentées par Better Live ?

Pour répondre à ces questions, l’équipe de recherche a mené une analyse comparative dans six pays : Finlande, France, Irlande, Norvège, Pologne et Espagne. Elle s’est appuyée sur l’analyse des politiques et programmes existants ainsi que sur 20 entretiens avec 14 responsables de politiques publiques et 6 expert·es des questions écologiques.

Le livre blanc permet ainsi de passer progressivement du terrain à une réflexion beaucoup plus large sur les transformations nécessaires du secteur.

La mobilité est un problème collectif

L’un des constats importants du travail de recherche est que la mobilité ne peut pas être traitée uniquement comme une somme de comportements individuels.

Une tournée n’est jamais décidée par une seule personne.

Elle résulte des choix et contraintes d’un ensemble d’acteurs interdépendants : artistes, agents, tour managers, producteur·rices, programmateur·rices, festivals et salles, auxquels s’ajoutent les infrastructures de transport, les contraintes économiques et les politiques publiques.

La mobilité des artistes et des publics est donc un problème d’action collective.

Demander à un artiste de prendre le train plutôt que l’avion ne suffit pas si son itinéraire comporte des milliers de kilomètres entre deux concerts. De la même manière, demander aux publics de ne pas utiliser leur voiture a une portée limitée dans un territoire où aucun transport collectif ne fonctionne après le concert.

Cette approche conduit Better Live à défendre une transition sensible aux contextes : les solutions ne peuvent être identiques dans une grande métropole ferroviaire européenne, une région rurale, un pays insulaire (comme l’Irlande) ou un pays périphérique (comme la Finlande ou la Grèce).

C’est aussi ce qui fait évoluer la réflexion de Better Live au-delà du seul « slow touring ».

La question n’est plus simplement : comment voyager moins vite ou avec un transport moins carboné ? Elle devient : comment organiser différemment la circulation de la musique ?

Rapprocher aussi les concerts des publics

Ce livre blanc s’intéresse ainsi fortement à la mobilité des publics.

En France, il intègre notamment les résultats de l’étude Landscape, portée par Le Périscope et menée par The Green Room. Conduite parallèlement au projet, cette étude porte sur environ 750 000 données de billetterie issues de 42 salles de concerts françaises. 

Elle met en évidence une relation forte entre la taille des événements et les distances parcourues par leurs publics : plus les jauges augmentent, plus les zones d’attraction géographique s’élargissent.

Cette observation ouvre une autre piste : lorsque certaines mobilités sont difficiles à décarboner — notamment les déplacements automobiles de moyenne distance — faut-il seulement chercher à transformer ces déplacements, ou faut-il aussi rapprocher davantage l’offre culturelle des lieux de vie ?

Ce livre blanc pose ainsi explicitement la question suivante : faut-il développer davantage d’événements de plus petite taille, répartis dans davantage de territoires, plutôt que de poursuivre systématiquement une logique de concentration et d’augmentation des jauges ? 

Cette réflexion a donné naissance à une formule qui a progressivement accompagné Better Live, à travers un plaidoyer et une campagne de communication largement relayée auprès du grand public : Small is Better. 

Non pas comme un principe absolu opposant petits et grands événements, mais comme une invitation à réinterroger une économie du live largement structurée autour de la croissance des jauges, de la concentration des publics et de la compétition entre événements.

Des résultats aux politiques publiques

Better Live démontre bien que des acteurs culturels peuvent expérimenter de nouvelles manières de travailler. Mais ils ne peuvent pas transformer seuls le système dans lequel ils évoluent.

Le dernière partie du livre blanc est donc consacrée à l’analyse des politiques publiques et débouche sur une série de recommandations.

Le travail met notamment en évidence un paradoxe : dans plusieurs pays européens, les acteurs culturels ont développé des calculateurs, des feuilles de route et des expérimentations environnementales avant que les politiques publiques ne disposent elles-mêmes de cadres réellement structurés. Les situations restent par ailleurs extrêmement différentes d’un pays à l’autre.

Le livre blanc appelle donc les pouvoirs publics à ne pas simplement ajouter des obligations environnementales aux financements existants.

Parmi les recommandations phares, il préconise notamment de :

  • Mieux mesurer les impacts du secteur musical ;
  • Développer des outils communs et fiables ;
  • Financer spécifiquement la transition écologique ;
  • Adapter les exigences à la taille et à la réalité des structures ;
  • Mieux articuler politiques culturelles et politiques de transition ;
  • Maintenir un réseau de lieux de diffusion de proximité sur chaque territoire ;
  • Soutenir directement les réseaux permettant la co-programmation.

    Cette dernière proposition est essentielle : mieux organiser une tournée demande du temps, de la coordination et des moyens humains. La coopération entre programmateur·rices ne peut pas être considérée comme gratuite. 

Si les politiques publiques souhaitent favoriser des tournées plus longues, mieux routées et moins carbonées, elles doivent aussi financer la capacité des acteurs à coopérer.

Plus largement, le livre blanc défend une approche dans laquelle les objectifs environnementaux restent articulés aux autres enjeux de la politique culturelle : diversité artistique, conditions économiques des structures et des artistes, circulation internationale, accès à la culture et équilibre territorial.

Un livre blanc pour ouvrir la suite

Decarbonising the Artist and Audience Mobility in Music ne prétend pas proposer un modèle unique applicable partout en Europe.

C’est même l’une de ses conclusions : il n’existe pas de solution universelle à la mobilité durable dans la musique live.

En revanche, quatre années d’expérimentation et de recherche permettent désormais de documenter beaucoup plus précisément les leviers disponibles.

  • Faire des tournées plus longues. 
  • Mieux les router. 
  • Coopérer à l’échelle des territoires.
  • Maintenir la circulation internationale des artistes. 
  • Rapprocher davantage les concerts des publics. 
  • Soutenir un réseau dense de petits et moyens lieux. 
  • Et donner aux acteurs les moyens économiques et politiques de transformer leurs pratiques.

Le livre blanc marque ainsi une étape importante du projet Better Live : passer de l’expérimentation à des propositions de transformation du secteur et des politiques publiques.

Car la question posée au départ reste finalement entière : il ne s’agit pas d’imaginer une musique qui ne circule plus pour réduire son impact.

Il s’agit de comprendre comment elle pourrait mieux circuler.

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Better Live est un projet Creative Europe rassemblant 11 partenaires des scènes jazz et musiques improvisées à travers l’Europe.

Les partenaires incluent : INTL Jazz Platform (PL) · Le Périscope – Scène de Musiques Libres (FR) · BIMHUIS (NL) · Nasjonal jazzscene (NO) · Plataforma Jazz España (ES) · Improvised Music Company (IR) · GLive Lab (FI) · EMEE – European Music Exporters Exchange (BE) · Zavod Sploh (SI) · The Cluster (GR) · jazzahead! (DE)

Pour découvrir Better Live, rendez-vous sur le site du projet.