Focus sur le projet : La Pieuvre Electro

Au cœur du quartier Perrache-Verdun-Suchet, le printemps 2026 a vu naître un projet d'action culturelle au nom énigmatique : La Pieuvre Électro.
Pour ce projet de création musicale inédit, Le Périscope a choisi de s’associer à la résidence Le Bordeaux, un centre d’hébergement de femmes accompagnées de jeunes enfants. Notre souhait, en filigrane, était de travailler sur la thématique de la parentalité, avec un projet capable de s’adapter à tous les âges de la vie. En choisissant un foyer d’hébergement plutôt qu’un cadre scolaire ou associatif classique, nous souhaitions être présent·es dans les temps de vie quotidienne, sans imposer de format rigide aux participant·es afin que mères et enfants puissent venir, expérimenter, enregistrer, repartir et revenir à leur guise.

Ce choix partenarial s’est fait naturellement, dans une dynamique de quartier existante. Le Périscope et Le Bordeaux (Notre-Dame des Sans-Abris) se connaissent — des temps forts comme la fête de quartier HippoCamp permettent d’échanger sur les envies et les besoins de chacune de nos structures, et de construire des projets ancrés dans la réalité du territoire. Ce projet était une manière de transformer cette connaissance mutuelle en quelque chose de plus concret — une création partagée, dans nos murs respectifs.
Créer un espace de création entre mères et enfants
L’idée de départ était simple, et néanmoins ambitieuse : réunir mères et enfants face à un même instrument, avec le même degré d’apprentissage. Pour cela, il nous fallait réunir des outils accessibles, permettant à chacun·e, quel que soit son âge ou son expérience musicale, de devenir créateur·ice.
Un instrument tentaculaire au service de la co-création
Au cœur du dispositif est donc intervenue la (fameuse) “Pieuvre électro », un instrument doté d’un contrôleur modulaire imaginé par le Collectif Kogümi. Depuis 2022, ce collectif sensibilise les publics aux phénomènes sonores et musicaux par le biais de rencontres pédagogiques adaptées autour des lutheries électroniques — et fabrique des instruments électroniques sur-mesure, adaptés à toutes les motricités. Ce dispositif est conçu pour l’improvisation collective autant que pour la découverte individuelle. Grâce à ses câbles-tentacules et ses nombreuses petites boîtes de déclenchement, chaque participant·e pouvait construire son propre son en fonction de l’humeur du moment. En pratique, il fallait appuyer pour déclencher un son, tourner un bouton pour le modifier.
Sur le volet artistique comme pour l’animation des sessions, c’est à la musicienne Anne Godefert qu’a été confié le projet. Guitariste, bassiste et spécialiste des musiques électroniques, elle est membre du collectif Kogümi. Titulaire d’un Diplôme d’État obtenu en 2019 au CEFEDEM de Lyon, elle enseigne à l’école de musique Jean Wiener (Vénissieux) et a développé pendant plusieurs années des ateliers d’initiation aux musiques électroniques en non-mixité au sein de l’association le Séquenceur.




Collecter, créer, restituer
Le projet s’est déroulé en plusieurs temps.
Une première rencontre avec Anne Godefert a été proposée aux personnes du centre — familles hébergées comme salarié·es du centre d’accueil — pour présenter le dispositif et construire le contenu sonore à partir des collectages de chacun·e : partage d’une berceuse, d’une recette, d’une anecdote, d’une histoire, d’une ode au printemps… Deux phases de collectage ont ainsi été organisées, recueillant les sons, les voix et les histoires des familles du foyer — autant de matières premières pour le travail de création.
Ces récoltes sonores ont ensuite été adaptées sur les instruments électroniques par Anne Godefert. C’est à cet endroit précis que la magie opère : ces éléments enregistrés deviennent matière à jeu collectif, manipulables avec des gestes simples — appuyer pour déclencher, tourner pour modifier.
Par la suite, quatre sessions libres de création ont eu lieu — deux pendant le temps scolaire, deux pendant les vacances d’avril. Les sessions scolaires se prolongeaient jusqu’à la sortie de l’école, avec un goûter-écoute permettant aux enfants de découvrir ce qui avait été créé dans l’après-midi. Le dispositif restait en accès libre dans les espaces de vie du foyer : chacun·e pouvait venir jouer, expérimenter, repartir et revenir. À l’issue de chaque session, un enregistrement a été extrait pour composer progressivement une pastille sonore collective.



Pour prolonger et ancrer visuellement cette création dans les murs du foyer, des éléments graphiques — cartes, mobiles — ont été réalisés en écho aux sons produits, et sont venus prendre place dans les espaces de vie de la résidence.
Une restitution ouverte sur le quartier
Le 21 mai 2026, pour clôturer le projet, les familles et les équipes de la résidence ont été invitées à découvrir Le Périscope pour un temps de restitution dédié, qui s’est structuré en trois temps.
Un concert d’abord, réunissant Anne Godefert accompagnée du batteur Léo Delay, dans leur duo 50m Nage Libre (batterie, synthé, guitare). Pour l’occasion, ils ont intégré la Pieuvre électro à leur instrumentarium pour une création originale mêlant séquences, jeu en direct et instruments électroniques et acoustiques. Place ensuite à l’écoute des quatre morceaux créés collectivement au cours des sessions libres.
Enfin, un temps de pratique en libre accès a été ouvert au public pour tester l’instrument. Pour bon nombre de personnes présentes en salle ce jour-là, il fut difficile de résister à l’appel des curseurs et des petits boutons bleus et rouges de La Pieuvre Electro.
Ce moment a aussi été l’occasion d’ouvrir les portes à d’autres structures socio-éducatives du quartier — L’Escale solidaire du 2 et La Canille, lesquels ont répondu massivement présent·es, renforçant ainsi encore davantage leurs liens avec Le Périscope.




Le projet d’action culturelle La Pieuvre Électro a été soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et par la Ville de Lyon. Il a été imaginé et porté par Julie Gonzalez, chargée d’action culturelle du Périscope.