Musique sans frontière

De janvier à mars 2026, le projet Musique sans frontière a réuni deux classes de seconde du Lycée Juliette-Récamier : la classe UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) et la classe de seconde 3 option espagnol, des apprenant·es de l’A.L.P.E.S. (Association Lyonnaise de Promotion et d'éducation Sociale) et une équipe artistique composée de Juan Carlos Arrechea, Romain Dugelay, ainsi que Camille Boileau, artiste plasticienne intervenante au musée de l'Imprimerie et de la Communication graphique.
Des sessions de création graphique et musicale ont été réalisées par les trois groupes : au total, 46 lycéen·nes et 11 personnes accompagnées par l’A.L.P.E.S. ont participé à cette démarche de création collective mêlant musique, graphisme et langues.
Cette aventure humaine a permis à des personnes d’âges, de parcours et d’horizons culturels différents de se rencontrer autour d’une question simple : comment créer ensemble à partir de ce que chacun·e ressent à travers la musique ?
Un projet imaginé en complicité avec le musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique
Dans une dynamique liée à la Charte de coopération culturelle de la Ville de Lyon, nous avons proposé au musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique d’augmenter le projet musical d’un axe graphique. Nous avons profité du caractère exceptionnel de leur période de rénovation et de leur volonté renforcée d’intervenir hors les murs. Le projet a été coordonné et accompagné par Philippe Weiss, chargé de l’action culturelle au sein du service des publics du Musée.
Créer un langage commun par la musique
Les musiciens Juan Carlos Arrechea et Romain Dugelay ont partagé avec les lycéen·nes, leur travail sur la musique hybride issue de musique traditionnelle colombienne et de leur rencontre avec des expressions contemporaines.
Dès les premiers ateliers, les lycéen·nes ont découvert des rythmes, des chants et des pratiques musicales venus de Colombie. Écoute, improvisation, pratique instrumentale, travail de la voix et échanges autour des répertoires de chacun ont constitué la matière première du projet. La création d’une œuvre musicale originale s’en est suivie, au fil des ateliers menés dans l’espace de notre plus grande salle de concert.
Au-delà de l’apprentissage musical, ces ateliers ont surtout permis de construire un espace de rencontre. Chacun·e pouvait contribuer à sa façon, à partir de son expérience ou de sa culture, révélant une diversité de références et de sensibilités qui a fait émerger une dynamique collective vertueuse : entre écoute, participation et confiance tout au long du projet.



Quand le graphisme prolonge la création musicale
La rencontre entre les participant·es s’est également poursuivie dans les locaux de nos voisins de l’A.L.P.E.S. (leurs bureaux jouxtant ceux du Périscope) à travers une série d’ateliers graphiques menés par Camille Boileau.
L’artiste peintre a proposé un travail typographique et pictural aux lycéen·nes, en les invitant à choisir un mot lié à leur ressenti musical suite au concert de PIXVAE de lancement du projet. À partir de ce mot, différentes étapes d’expression graphique et colorée ont vu le jour. Encres, pinceaux, gestes et tracés sont devenus autant de manières de traduire visuellement les sensations ressenties. Résultat : une série de fresques de plusieurs mètres, venues prendre place sur scène lors de la restitution et aujourd’hui affichées dans les espaces du lycée.
Ces temps de création ont permis d’aborder autrement les questions de langage, de transmission et d’identité qui traversaient déjà le projet musical.
Quand les histoires individuelles deviennent une œuvre collective pour les apprenant·es en formation Compétences Clés à l’A.L.P.E.S.
Pour Ahmad, Cornel, Hope, Kadija, M’Balia, Mokenen, Motaz, Said, Siciid et Shamshad, les adultes en formation Compétences Clés à l’A.L.P.E.S., le projet a également pris la forme d’une exploration musicale et graphique autour de l’écriture, du geste et de la mémoire.
Les musiciens ont proposé aux différentes personnes du groupe de partager un morceau de leur choix, pour les écouter collectivement et échanger à leur sujet par la suite. Toutes et tous ont pu mettre en jeu une pratique vocale et percussive.
Dans un second temps, les participant·es se sont initié·es à la gravure sur linoléum, avec Camille Boileau, à partir de mots évoquant leurs ressentis de la musique. Le fil conducteur des ateliers est parti du mouvement pictural associé à la musique. Chacun·e a alors pu prendre part à la composition d’un tableau qui a pris vie grâce à la conception d’un film en stop motion.
Cette dimension artistique a su trouver un écho particulier dans les objectifs pédagogiques de l’A.L.P.E.S, car en effet, cet organisme de formation s’engage depuis plus de quarante ans dans l’accompagnement de personnes éloignées des parcours de formation classiques, notamment des personnes migrantes, en situation d’illettrisme ou relevant de l’alphabétisation.
Ce projet a contribué à favoriser l’expression, la confiance et la prise de parole des participant·es. Et pour ces personnes engagées dans un parcours d’apprentissage du français, la création artistique a constitué pour eux·elles un moyen supplémentaire de s’exprimer et de prendre la parole pour partager leur expérience.



Une restitution porteuse de fierté
Fin mars 2026, le projet s’est conclu au Périscope par une restitution collective. Toutes les étapes du projet ont été présentées grâce à un parcours donnant à voir chacune des créations finalisées : projection du stop motion, écoute des pièces sonores radiophoniques, exposition des fresques graphiques et concert live de l’œuvre musicale originale.
Ce moment a été vécu comme une véritable source de fierté par les participant·es et les partenaires, dont chacune des contributions a été essentielle. Il a permis de mesurer le chemin parcouru et de partager avec le public le fruit de plusieurs semaines d’expérimentation et de travail collectif.
Autant d’enseignements précieux, toujours dans la poursuite de cette ambition commune : faire de la culture un lieu de rencontre où chacun·e peut trouver sa place, faire entendre sa voix et contribuer à une histoire collective.
Le projet d’action culturelle Musique Sans Frontière a été soutenu par les Fabriques à Musique de la SACEM, la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes. Ainsi que le soutien du Lycée Juliette Récamier via la part collective du Pass Culture National. Il a été imaginé et porté par Julie Gonzalez, chargée d’actions culturelles du Périscope.