Muon S (Anna Gaïotti et Jean Bender)

Claquettes amplifiées et synthétiseur modulaire, Anna Gaïotti et Jean Bender engagent un dialogue musical physique et bruitiste à travers leurs instruments et leurs corps, mettant en confusion ce qui est vu et entendu.
Ce travail expérimental à la fois de complémentarité et de friction in situ tend à questionner la présence et la physicalité du corps dans le son, du geste qui mue et mute avec et dans le son de l’instrument électronique. Refusant la juxtaposition des différences, le son et le corps en mouvement ne se côtoient pas dans une forme théâtrale. La danse n’est pas asservie à la musique, ne l’illustre pas non plus, et réciproquement. La qualité qu’ils cherchent est celle d’une fusion des gestes sonores vers une seule et unique intensité physique.
Anna évolue chaussée de claquettes amplifiées par micro dynamiques, les signaux ou sons produits de sa danse sont intégrés et traités via un synthétiseur modulaire pour être rejoués ou déjoués par Jean. Elle génère sa danse à l’écoute de son instrument et du sol ; elle tape, percute, gratte, frotte, glisse et utilise toutes les surfaces des fers et du cuir de la chaussure. Elle joue des rythmes ou bruits qu’elle accrois et décrois pour faire exprimer les densités pleines et creuses du sol qui l’attire et l’éjecte, ses accélérations transcendées – dé-mesurée – provoque la sensation d’un sol qui, tantôt se dérobe tantôt fait force.
À partir de son mouvement sonore, Jean crée et manipule selon différents modules électroniques, des paysages fractionnés ou ambiants en intégrant ou désintégrant la dynamique. Il met en relief des textures variables rythmiques et arythmiques depuis les sons concrets jusqu’à les faire exploser vers une extension bruitiste.
Leur mouvement commun émerge de la confrontation d’une énergie corporelle et d’une énergie sonore qui ne cesse d’augmenter dans sa vélocité, son envoûtement, sa saturation, donnant la sensation d’un espace-temps pouvant se distordre. L’expérience est immersive, intime, abrasive.
Le bruit est donné dans l’expérience de l’espace de leur relation, mais aussi dans l’expérience des espaces où ils jouent, allant des scènes de musiques expérimentales à des espaces atypiques (couvents, carrières, souterrains, kiosques, friches, chantiers), et qui permettent autant d’ouvrir de nouvelles perspectives que de prendre des risques pour la musique et pour la danse.
Leur capacité à être, entre autre, « tout-terrain » donne lieu a des performances soudaines – autonomes (sur batteries) – sous terre et dans le murmures des aires urbaines. Un élan où apprivoiser les acoustiques et les sols reste sujet à faire de la musique.
au Périscope
ANNA GAIOTTI - claquettes amplifiées, trompettes
JEAN BENDER - électronique modulaire
Prochain concert
au Périscope