Ensemble Nist-Nah

Peu sensible au concept de frontières, l’australien, Will Guthrie, a posé ses valises à Nantes en 2004. Jouant aux quatre coins du globe, il a, en une quinzaine d’années, gravé son empreinte parmi celles des plus singuliers batteurs et percussionnistes qui martèlent l’espace sonore des musiques expérimentales internationales. Avec son approche brute et pourtant érudite de l’instrument, on oublie la technique, on écoute la musique. Habitué à tourner en solo, on le croise aussi régulièrement entourés de la crème des stakhanovistes de la free music d’aujourd’hui (Oren Ambarchi, Mark Fell, Roscoe Mitchell, Anthony Pateras, Jean-Luc Guionnet) mais sa musique dépasse tous les carcans des identités restreintes.

Ces derniers temps, son désir d’élargir toujours davantage son horizon l’a mené à l’étude et au jeu du gamelan, l’instrument traditionnel des musiques Indonésiennes. Cet instrument qui s’énonce au singulier mais qui est un ensemble de percussions, un orchestre d’éléments de métal, de bois et de peaux qui se joue nécessairement à plusieurs. De quelques personnes à quelques dizaines. Un instrument géant donc, tentaculaire. Une entité qui envahit l’espace sonore sur toutes ses strates et dans toutes ses dimensions. Un instrument au spectre infini, s’accordant la mélodie autant qu’usant de la pulsation jusqu’au ravissement. Le gamelan charrie son histoire et s’inscrit dans un territoire. Il a fallu nombre de séjour en Indonésie avant que Will Guthrie s’en autorise l’usage. Un usage singulier qui a le mérite de savoir où est sa place, loin de l’appropriation culturelle exotique jouant l’indonésien à Paris, ni l’arrogance de l’emprunt historique du matériau pour tropicaliser les sons du kit. Il préserve l’essence de l’instrument, sa valeur d’ensemble et la puissance du geste ainsi que le poids de la dimension sacrée qu’il véhicule, sans la singer, dans un certain respect profane qui donne une profondeur à sa musique.

Son disque «Nist-Nah» à paraître chez Black Truffle, le label tenu par son camarade et compatriote australien Oren Ambarchi, fait partie de ces disques où l’émotion ressentie s’accompagne du sentiment d’être en présence d’une forme d’une rare intelligence. La cohérence de composition est fascinante, nourrie des préoccupations musicales qu’il traîne depuis plus de 20 ans, entre la variation des dynamiques évoquant la musique concrète, la répétition jusqu’à l’entêtement et le tournis des musiques de transes et l’intérêt porté aux micro-détails. Au-delà de cet intérêt pour le Gamelan et de ses recherches et compositions pour le disque, Will Guthrie transpose également sa musique sur scène en créant un orchestre de 7 personnes : l’ensemble Nist-Nah. Sept musicien(ne)s d’âge et d’horizon divers, tou(te)s particulièrement impliqué(e)s dans les pratiques contemporaines de la musique et qui s’associent pour former un «supergroupe» dont l’ambition est de se mettre au service d’une musique singulière, construite à plusieurs.

   

Charles Dubois, Thibault Florent, Colline Grosjean, Will Guthrie, Amelie Grould, Mark Lockett, Sven Michel, Elise Salmon, Arno Tukiman (Gamelan, percussions, batterie)