Fil Rouge

Chaque trimestre, S2M vous invite à découvrir la programmation et les activités de ses 4 lieux par une thématique. Ce début d'année sera destiné à la programmation jeune public et les actions culturelles mises en place par ces structures. 

+ d’informations sur : www.scenes-musiques-metropolitaines.com

Alexandre Queneau - C’est quoi, au juste, le « jeune public » ?

D’abord, une bizarrerie. Qui pose tout un tas de questions existentielles :

- à quel âge peut-on commencer à assister à des concerts ?
- à quel âge cesse-t-on d’être un jeune spectateur ?
- suis-je encore jeune ?
- devons-nous vraiment grandir ?
- pourquoi séparer les publics selon leur niveau d’expérience ?

Il existe peut-être des réponses précises à ces interrogations mais nous ne les connaissons pas, et dans les faits, elles sont balayées par la réalité de nos spectateurs. Cette quadragénaire sans enfant qui assiste à toutes les dates « jeune public » de la saison, ce garçon de 9 ans qui accompagnait sans trembler (mais armé d’un casque) son père au concert de Swans, cet adolescent qui traîna sa grande sœur voir Chill Bump… La liste pourrait s’allonger. Traiter le sujet du « jeune public » n’est pas évident pour nous scènes de musiques actuelles parce que nous sommes, historiquement, l’un des lieux de la transgression culturelle de l’adolescent et du jeune adulte. Qui ici a oublié l’émoi de son premier concert sans ses parents, son maître d’école ou son médiateur culturel ?

Mais s’arrêter à cela, ce serait penser que c’est au jeune public de venir à nous et pas à nous de faire l’effort d’aller vers lui. Une logique insuffisante et injuste. Nous pensons au contraire qu’il existe un enjeu majeur d’action culturelle envers le public le plus jeune et qu’il est possible d’imaginer pour lui une programmation dédiée. Une programmation qui cultive l’ouverture d’esprit et permette la transmission de valeurs, sans briser bien sûr le charme de la découverte, individuelle, en classe ou en famille, de ses propres goûts artistiques. On pourrait présenter cette programmation à travers les trois phases clés de cette expérience de découverte : l’éveil, la compréhension et l’appropriation.

D’abord, l’éveil. C’est la découverte de la musique au niveau le plus sensoriel. Il peut commencer dès le plus jeune âge. On sait qu’in utero le fœtus reçoit déjà des signaux sonores du monde extérieur. Un cocon de bruit blanc – oui, une sorte de drone rock un peu lo-fi – dans lequel la musique parvient à se frayer un passage. Chez nous, c’est plutôt à partir de 3 ans et cela peut prendre, entre autres, les formes du concert intimiste, du conte ou du bal musical. On a même des siestes sonores pour les 0-3 ans…

L’étape suivante est celle de la compréhension. On passe ici à un niveau intellectuel et on questionne le spectacle autant dans sa fabrication (Comment fonctionnent les instruments de musique et les équipements d’une salle de concert ?) que dans le sens qu’il porte (Quelle histoire est-ce que cette chanson raconte ? Dans quelle culture s’inscrit ce morceau ? Quel message l’artiste nous transmet-il ?). L’atelier est un excellent format pour cela et nous les concevons la plupart de temps en partenariat avec des artistes ou des intervenants – leurs grands et multiples talents sont pour nous une valeur ajoutée essentielle. Ces moments de rencontre sont complémentaires du concert et apportent beaucoup aux plus jeunes. Nous accueillons aussi des formes hybrides telles que le ciné-concert, la conférence musicale ou le concert-enquête ainsi que du « hors-concert » avec le théâtre-forum ou le light graff ; les artistes innovent beaucoup en la matière et soutenir leurs créations est primordial. Nous devons aux enfants la même exigence que celle que nous avons vis-à-vis de la programmation tous public. Surtout, ces formes nouvelles et participatives font bien plus que s’adapter au jeune public. Elles créent les conditions d’une expérience familiale entière qui plait souvent autant aux enfants qu’à leurs parents qui les accompagnent… et s’épanouissent eux aussi !

Puis vient naturellement la dernière étape, celle de l’appropriation. Une fois qu’on leur a donné les clés, il faut accepter que les kids entrent dans la maison et changent la déco. Très tôt, le jeune spectateur peut devenir acteur de sa pratique du spectacle vivant. Affiner ses goûts, s’éprendre d’un ou plusieurs genres, en rejeter d’autres, pour le moment ou définitivement. C’est devenu son affaire et c’est tant mieux. C’est aussi le sens de notre accompagnement, de nos accompagnements devrait-on dire, puisque chacune des quatre scènes qui forment S2M apporte ses spécificités. Nous construisons des parcours initiatiques qui amènent les jeunes spectateurs à trouver leur voie. Souhaitons-leur de s’y épanouir. Et souhaitons-nous, à tous, une jeunesse éternelle. Parce qu’aux musiques actuelles, on n’a jamais vraiment fini de s’éveiller.